Freyr est le plus glorieux des Ases. Il a pouvoir sur la pluie et sur l’éclat du soleil et, par là, sur les fruits de la terre, et il est bon de l’invoquer pour la prospérité et pour la paix. Il a aussi pouvoir sur la fortune des hommes. Gylfaginning, chapitre 24. Gullinbursti et l’épée sacrifiée de Freyr illustrent la richesse symbolique de la mythologie nordique. Entre puissance, fertilité et renoncement, ces récits dévoilent des figures mythiques aux rôles essentiels dans l’imaginaire viking. Leur analyse met en lumière les valeurs fondamentales de cette culture, entre quête de prospérité et inéluctabilité du destin. Freyr, divinité majeure de la mythologie nordique, personnifie la prospérité générale et l’abondance des terres. Vénéré à travers des rituels et des sacrifices, il incarne des valeurs essentielles aux sociétés scandinaves anciennes de l’ère pré chrétienne. Aujourd’hui, son héritage perdure dans la culture populaire, illustrant son influence intemporelle et ancestrale.
Dieu nordique, ancêtre royal et héritage des traditions anciennes
Les légendes nordiques du dieu Freyr et ses premières mentions
Snorri Sturluson, la Geste des Danois de Saxo Grammaticus et les vers de l’Edda de Sæmundr Sigfússon tissent son nom dans la trame de leurs mythes et poèmes. L’origine de sa naissance est déconcertante, ce dieu est le résultat d’un mariage consanguin. Nethus, mentionnée par Tacite dans la Germanie, est la déesse Vanes de la terre mère, de la fertilité et la mère de Freyr. Quant au dieu de la mer Njörd, son père. Freyr est de la famille des Vanes, ce groupe lié au domaine naturel et fertile. Le « seigneur » a pour jumelle, la déesse Freyja. Elle est la déesse de l’amour, la sexualité, la beauté, la terre, la fertilité et la magie. Bien qu’il fasse partie des Vanes, ce dieu d’origine scandinave noue des rapports avec les Ases, comme Odin ou Thor. Un lien suite aux échanges d’otages entre les deux familles durant le conflit Ases et Vanes. Hors Vanaheim, le royaume des Vanes, certains mythes et sources, l’associé à Alfheim, le royaume des elfes clairs.
Le rôle de Freyr dans la fondation des dynasties royales
En dehors de sa fonction première de dieu de la fertilité. Freyr est par ailleurs considéré comme l’ancêtre mythique de diverses dynasties royales scandinaves, notamment les Ynglingar en Suède. Les premiers souverains Ynglingar se disaient descendants de ce dieu, renforçant leur légitimité en tant que rois. Cette association entre Freyr et la royauté scandinave témoigne de l’importance de cette divinité dans les structures politiques et sociales de cette ancienne époque. Le mythe nordique de Freyr en tant qu’ancêtre royal, est accentué dans la Ynglinga saga, un texte important de l’ancien monde nordique, où Freyr est présenté comme un roi régnant à Uppsala, un centre religieux et politique majeur de Suède. Ce texte mentionne également Odin, autre figure fondatrice des lignées royales scandinaves. Ces attestations montrent l’importance des dieux dans la légitimation du pouvoir. Il est mentionné que, après à son trépas, Freyr continuera de sauvegarder son peuple. Et son culte se perpétuera par des rites et sacrifices, comme c’était le cas pour d’autres dieux, afin d’assurer la prospérité des terres.
Les influences pré-vikings dans le culte de Freyr
Yngvi, Ygnvi-Freyr dans la Saga des Ynglingar, ou Frø, dans la Geste des Danois, est une divinité importante au coeur des anciennes traditions Nord-européennes. Les origines du culte de Freyr existaient bien avant l’ère viking. Supposant qu’il s’agirait d’une ancienne divinité associée à la fertilité, qui aurait progressivement évolué et influencée par les sociétés scandinaves et germaniques. Quelques théories indiquent que ce culte s’est dispersé grâce à des familles royales. Ces dernières auraient eu une fonction majeure dans sa propagation à travers les régions d’Europe du Nord. Des découvertes archéologiques confirment que des cultes similaires existaient déjà avant la montée de la pratique viking. Le culte de Freyr était intimement lié aux pratiques chamaniques, courantes dans les sociétés pré vikings. Ces rituels, impliquant des sacrifices d’animaux, visaient à assurer la richesse des terres et des êtres vivants. Freyr, comme d’autres divinités telles que Thor et Odin, personnifiait l’harmonie entre les mondes, le royaume céleste, le royaume des hommes et le royaume naturel, une quête pouvant encore résonner dans nos préoccupations environnementales.
Le symbolisme de Freyr : objets, animaux et rituels
Skíðblaðnir et son lien avec la navigation et la prospérité
Offert à Freyr par les deux nains artisans Brokk et Eitri, de son deuxième nom « Sindri », le navire Skidbladnir, en vieux norrois Skíðblaðnir, « assemblé des pièces minces de bois », ou Skithblathnir, est un symbole de la prospérité et de la maîtrise de la navigation dans la mythologie Ásatrú. Capable de naviguer sur terre et sur mer, il peut se plier et se ranger dans une poche, ainsi que d’accueillir tous les dieux Ases et Vanes y compris Odin et Thor. Selon certains mythes, Loki aurait également eu un rôle direct dans la création de ce navire, en provoquant des défis qui poussèrent les nains à démontrer leur formidable habileté. Pour les Vikings et les anciens Scandinaves, ce divin navire incarnait la protection lors des voyages en mer, essentiels à leur survie et à leur commerce. Skíðblaðnir est interprété comme un symbole de la liaison entre le monde des dieux et le royaume humain. Skíðblaðni est une image de réussite des expéditions maritimes et, par extension, la prospérité de la communauté.
Gullinbursti, le sanglier doré : mythologie et symbolisme
Gullinbursti est un animal de combat, de guerre, un protecteur puissant qui accompagne Freyr à travers les batailles des neuf mondes. Dans le Skáldskaparmál ou Skaldskaparmal « dits sur la poésie » en vieux norrois, il est mentionné que Gullinbursti fut créé également par les deux nains, Brokk et Eitri. L’un des deux nains jeta dans le foyer une peau de porc pendant que l’autre actionnait les soufflets. Un sanglier avec les soies et la crinière en or en sortit. D’après Brokk, ce sanglier courait sur terre comme sur mer plus rapidement qu’un cheval, de jour comme de nuit grâce à la lumière prodiguée par l’or de sa crinière. Le don de Gullinbursti par les deux nains représente la force, la fertilité et l’abondance, des qualités souvent associées aux dieux de la famille des Ases. Tout comme Thor, symbole de puissance et de protection, Gullinbursti incarne un rôle de défenseur, un attribut qui résonnait fortement dans la culture viking, mais son attachement à Freyr renforce son rôle de gardien de prospérité terrienne.
Le sacrifice de l’épée de Freyr : implication mythologique et symbolique
Le sacrifice de l’épée de Freyr est l’un des événements marquants dans la mythologie Ásatrú, illustrant à la fois l’amour, la perte et le destin inéluctable. Au sein des récits mythologiques, Freyr, dieu de la fertilité et de la prospérité, fait don de son épée magique, capable de combattre seule, à son messager Skírnir, « le brillant, l’éclatant ». En échange, ce dernier lui offre Draupnir, l’anneau du père de toute chose, un artefact sacré lié à Odin, imageant l’abondance et la continuité. Ce geste témoigne de l’intensité du désir de Freyr pour la géante Gerðr, considérée comme une magnifique femme. Associée à la terre et au renouveau, elle est la fille du géant Gymir et de la géante Aurboda. Cependant, cette décision précipitée sera fatale : lors du Ragnarök, Freyr, privé de son arme, affrontera Surt, le géant du feu, et succombera sous ses assauts. Son sacrifice illustre la croyance viking, selon laquelle amour et prospérité exigent parfois d’immenses renoncements, posant une réflexion sur le prix du désir et la fatalité.
Le culte de Freyr et sa présence travers les âges
L’importance de la fertilité dans la Scandinavie médiévale
Dans un cadre austère tel que celui de la Scandinavie, où les saisons froides étaient prolongées et sévères. L’essor des productions agricoles et la multiplication des animaux domestiques étaient essentiels. Les natifs de la Scandinavie préchrétienne subsistaient grâce à l’agriculture, et en particulier avec l’élevage. La richesse des terres et la bonne reproduction des animaux d’élevage, comme les porcs, les poules, les bovins ou encore les chiens, revêtaient aussi un aspect commercial. Ces productions pouvaient être vendues ou échangées lors de leurs voyages contres des objets, animaux, éléments extérieurs. Freyr était adoré par ces derniers pour assurer ces récoltes abondantes, accompagné de Gullinbursti, son loyal sanglier. Tout comme Odin, dont le culte influençait d’autres aspects de la vie quotidienne, la déesse Freyja, associée à la fertilité et à l’abondance et celui du dieu Freyr reflétant l’interdépendance entre les cycles naturels et les besoins humains. Ces dieux d’origine scandinave illustrent la manière dont les dieux étaient perçus. Des personnifications ancestrales, intégrées dans les diverses pratiques agricoles, du monde viking et scandinave.
Rituels d’abondance : cultes et sacrifices dédiés à Freyr
Dans l’esprit des anciens Nordiques, les rituels dédiés à Freyr, dit le plus glorieux des Ases, étaient cruciaux afin de garantir la fertilité des terres et des êtres vivants. Parmi ces rituels, les sacrifices d’animaux, notamment les sangliers ou les cochons, durant le Sonarblót, un rituel animal dans lequel ces deux animaux étaient sacrifiés durant la fête de Yule, une fête effectuée au solstice d’hiver, revêtant quelques similitudes avec Noël. En sacrifiant un animal à Freyr, ces habitants espéraient s’assurer une récolte abondante et une nouvelle année prospère. Outre les sacrifices, des prières et des chants étaient offerts à ce dieu pour invoquer sa bénédiction. Tout comme les rituels en l’honneur de Thor, protecteur des hommes et des récoltes, et même du dieu Loki. Dont l’ambivalence reflétait l’importance d’équilibrer les forces chaotiques et bénéfiques, afin d’assurer la faveur divine. Les constructions dédiés à Freyr, tels que ceux trouvés en Suède, témoignent de l’importance de ce dieu dans la vie spirituelle et matérielle de cette région, et dans la mythologie nordique.
La présence de Freyr dans la culture populaire
Ce dieu Vanes d’origine nordique apparaît dans divers aspects de la culture populaire contemporaine. Pour exemple, dans le jeu vidéo God of War: Ragnarök, paru en 2022, il est dépeint comme un protagoniste essentiel à l’intrigue. Ayant un rôle dans la guerre contre les divinités Ases, notamment envers Odin. Ce dieu de l’éternité et de l’intemporel dans la mythologie nordique. Ainsi que Thor, protecteur des dieux, connu pour sa puissance. Freyr éclaire aussi Assassin’s Creed Valhalla, sorti en 2020, où il est loué par les Vikings et murmuré dans plusieurs quêtes du jeu. Dans la série télévisée Viking, bien que son nom ne soit pas mentionné, il est implicitement honoré à travers les rituels de prospérité agricole, des anciennes pratiques souvent dédiées aux dieux Vanes de la mythologie nordique. Enfin, ce dieu glorieux Ases souffle à travers certaines œuvres de fantasy et bandes dessinées, comme Valhalla de 1979. Ou encore dans l’opéra L’Or du Rhin de Richard Wagner, où il apparaît sous le nom de Froh en tant que personnage.
Cernunnos et Freyr : deux visages d’une nature sacrée
Cernunnos : dieu cornu, gardien de la nature
Cernunnos est une divinité du panthéon celtique, honorée principalement en Gaule et en Bretagne pendant l’Antiquité. Son nom, qui signifie probablement « le Cornu », le désigne comme une figure liée à la fertilité, à la nature et à l’abondance. Ce dieu est par ailleurs représenté sous l’apparence d’un homme barbu portant des bois de cerf, assis en tailleur, parfois entouré d’animaux sauvages comme le serpent à tête de bélier ou le cerf. Cernunnos personnifie le lien avec le monde sauvage et le cycle de la vie. Associé à la prospérité et au renouvellement, Cernunnos incarne l’harmonie ddu monde humain et celui de la nature. Des bas-reliefs comme celui du Pilier des Nautes à Lutèce témoignent de sa place. Bien que peu de récits mythologiques nous soient parvenus, son ancien culte a laissé des traces dans l’iconographie et dans les pratiques rituelles celtiques. Des pratiques en lien avec des offrandes votives. Son influence pourrait perdurer à travers des figures du folklore européen, notamment celles du « Seigneur des Animaux ».
Cernunnos et Freyr : entre nature sauvage et nature maîtrisée
Cernunnos, le dieu celtique des forêts, attesté dans une inscription gallo-romaine et Freyr, divinité nordique, partagent des attributs liés à la fertilité et au domaine naturel. Cependant ces deux se distinguent par leurs fonctions et symboliques dans leurs mythologie et spiritualité respective. Ils incarnent des forces vitales : Cernunnos est le maître des animaux sauvages et des cycles naturels, tandis que Freyr veille sur le rendement des terres, la prospérité et la paix. Là où Cernunnos représente la nature brute et indomptée, symbolisée par ses bois de cerf et son lien particulier avec la faune sauvage, Freyr incarne une nature davantage domestiquée. Une symbolique illustrée par des éléments agricoles tels le sanglier Gullinbursti ou encore le légendaire navire Skidbladnir. Leurs cultes antérieurs à la christianisation de l’Europe diffèrent également : Cernunnos était vénéré en plein air, sans temples, à travers des offrandes votives, tandis que Freyr bénéficiait de sanctuaires dédiés, comme à Uppsala en Suède. Une subtilité sur la vision que certains des aspects naturels devaient être pour les Européens.
En somme ce dieu est selon certaines sources une figure fondatrice des dynasties royales scandinaves. Incarnant un lien fort entre mythologie et pouvoir. Présent dans la Ynglinga saga et vénéré à Uppsala, son culte perdure après sa mort, symbolisant la continuité de la prospérité et la légitimité divine des souverains. Il incarne des symboles puissants de prospérité et de protection à travers Skíðblaðnir et Gullinbursti. Le navire divin peut représenter la maîtrise de la navigation et la réussite des expéditions, tandis que le sanglier doré symbolise la force et l’abondance. Ces artefacts illustrent l’importance du dieu dans la culture nordique. Le culte du plus glorieux des Ases reflétait l’importance de la fertilité et de l’abondance dans la Scandinavie préchrétienne. Rituels et sacrifices visaient à garantir prospérité et équilibre. Aujourd’hui, ces traditions ancestrales à la christianisation témoignent d’un lien entre nature et spiritualité, influençant encore l’imaginaire nordique et certaines pratiques culturelles.